Pasteur Paul Balliere
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94 CANTIQUE DES CANTIQUES : LA  CROISSANCE  N'EST  PAS  VOTRE  AFFAIRE

 « Je suis descendue au jardin des noyers, pour voir les pousses du torrent,

pour voir si la vigne bourgeonne, si les grenadiers fleurissent.

Je ne sais, mais mon désir m'a rendue semblable aux chars de mon noble peuple.»

(Cantique des cantiques 6.11-12)

  En ce moment précis, Sulamith semble recueillir un souvenir et se demande comment elle est arrivée dans une semblable position: être dans cet exil doré, objet des convoitises du roi Salomon et de tous ses efforts de séduction.

 Il lui revient en mémoire très distinctement la dernière circonstance ayant engendré sa situation présente. Nous avons ici, à n'en pas douter, le récit de l'événement initial du drame du Cantique des cantiques. La jeune fille s'en était allée en son jardin, situé dans un vallon retiré, pour admirer le progrès de la végétation printanière.

  Le roi Salomon faisait, avec toute sa cour, une partie de campagne près de la demeure de Sulamith. Cette dernière, apercevant à quelque distance le cortège de riches chars, et entraînée par sa curiosité, s'en est rapprochée. Et voici que, sans y prendre garde, et sans qu'elle s'en rende compte, elle s'est retrouvée au milieu du cortège royal.

 Elle se reproche maintenant de s'être laissée ainsi entraîner trop près du cortège du jeune monarque.

 Elle reconnaît qu'elle s'est attiré par là ce qui lui arrive aujourd'hui. A ce souvenir, qui l'émeut profondément, elle s'exprime d'une manière entrecoupée. Voici d'ailleurs la traduction littérale: « Je suis descendue vers un jardin de noyers, pour voir les pousses de la gorge, pour voir si la vigne bourgeonne, si les grenadiers fleurissent...Je ne savais pas...Mon âme m'a poussée...Chars de mon noble peuple. »

 Il y a là comme un bégaiement, tel celui qui caractérise l'aveu pénible d'une faute. C'est ainsi, par exemple, que s'exprime entre deux sanglots le jeune enfant qui reconnaît sa désobéissance.

  La croissance n'est pas notre affaire

 Il est nécessaire que nous apprenions à quelles conditions nous pourrons rester dans la communion de Christ. Sommes-nous avertis des dangers et des ruses spéciales de notre ennemi, le diable ?

 Dans ce texte du Cantique, nous découvrons de quelle manière nous pouvons malheureusement interrompre la communion avec Dieu.

 « Je suis descendue... », dit la Sulamithe. Nous n'aimons pas beaucoup le verbe « descendre » ici. A juste titre !

 Sulamith est descendue « pour voir » , dit-elle, « pour voir la verdure de la vallée, pour voir si la vigne bourgeonne, si les grenadiers fleurissent ». N'est-ce pas ici l'expression du regard tourné vers soi ? Le Cantique des cantiques nous a appris que la bien-aimée est le jardin: « Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée » (4.12); et ce n'est pas à elle de chercher à voir s'il y a croissance.

  En d'autres termes, elle n'a pas à analyser ses expériences, ni à chercher à découvrir si l'œuvre prospère. Ce que son bien-aimé attend d'elle, c'est qu'elle regarde à lui, et à lui seul. En se préoccupant de la croissance, elle s'est retrouvée, malgré elle, dans la présence d'un autre, un séducteur, le monarque Salomon.

 La croissance n'est pas notre affaire. Elle est celle de notre bien-aimé. N'est-ce pas ce que Jésus nous a enseigné quand, dans l'une des paraboles du royaume, il a déclaré: « Il en est du royaume de Dieu comme quand un homme jette de la semence en terre; qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu'il sache comment.

  La terre produit d'elle-même, d'abord l'herbe, puis l'épi, puis le grain tout formé dans l'épi » (Marc 4.26-28). La vie est dans la semence, et le semeur n'est pour rien dans le principe de croissance. S'épuiser dans des veilles diurnes et nocturnes est tout à fait inutile. Bien plus, c'est dangereux. Des tentations sont à l'horizon. Tel est l'un des aspects de notre texte aujourd'hui.

 L'apôtre Paul a montré, lui aussi, que la croissance est l'affaire de Dieu, et de Dieu seul, et que l'homme n'y est pour rien. « J'ai planté », dit-il, « Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître, en sorte que ce n'est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître » (1 Corinthiens 3.6-7).

 Des ministres de Christ ont misérablement chuté, cédant à la tentation de vouloir être eux-mêmes les acteurs de la croissance. Certains ont sombré dans l'inquiétude et la dépression; d'autres dans l'orgueil; d'autres encore se sont faits les promoteurs de nouvelles recettes de croissance. Ils auraient dû rester semeurs ou arroseurs. C'était leur mission. La croissance était l'affaire de leur Maître.

 Dans quel corridor de nos « systèmes évangéliques » oserons-nous loger le Saint-Esprit ? L'Esprit de Dieu n'a que faire de nos méthodes. Tôt ou tard, il dévoilera la fragilité des fausses croissances, et de certains « empires chrétiens » nommés « super-églises », bâtis sur les ambitions humaines au détriment de la gloire de Christ. 

 Qui sommes-nous pour vouloir prendre la place de Dieu ? « Ce n'est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes ? » (2 Corinthiens 3.5). Acceptons de n'être plus rien pour que Christ soit tout. C'est le prix de tout service empreint du feu de l'autel de Dieu. Si je suis grand, c'est que je ne suis pas serviteur. Si je suis serviteur, alors je ne suis pas grand.

 Dieu seul peut produire dans un cœur le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (Philippiens 2.13). Quant à nous, nous ne pouvons pas même la moindre chose (Luc 12.26).

« Si l'Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain; si l'Éternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain » (Psaume 127.1).

Et si l'Éternel ne fait croître la semence, celui qui veille, qui « descend pour voir... » le fait en vain.

 Ce n'est pas sans raison que le Seigneur mentionne toujours « les yeux du cœur », qui indiquent l'attitude de l'âme. C'est dans le fait de regarder à Jésus que nous pouvons aussi demeurer constamment en lui. Bien-aimés serviteurs et servantes de Dieu, cessez de descendre pour voir où en est la croissance. Regardez au Seigneur de la croissance. Jésus a dit: « Si ton œil est en bon état, tout ton corps sera éclairé » (Matthieu 6.22).

 Soyons heureux de ne rien voir en dehors de la volonté de notre Bien-aimé.

 Être absorbé par l'œuvre de Dieu ou par le Dieu de l'œuvre ?

 Le jardin dans lequel la bien-aimée est « descendue pour voir », n'est-il pas aussi l'image de l'œuvre accomplie ou à accomplir dans laquelle elle se laisse absorber ? Sulamith désire se rendre compte s'il y a quelque promesse de fruit.

 La stérilité spirituelle est un problème grave. L'absence de fécondité est, certes, préoccupante; et Dieu ne nous a jamais demandé d'être insouciants à l'égard de nos fruits spirituels.

Mais Sulamith commet une erreur. Pourquoi ? Elle doit apprendre à ne rien faire de son propre mouvement, en dehors de son bien-aimé, même les plus petites choses, car les petites choses peuvent avoir de grandes conséquences.

 Il y a aussi une question de temps, d'à-propos. La chose juste peut être faite au mauvais moment. Sans doute le bien-aimé désire-t-il que sa fiancée s'occupe du jardin, et de la croissance de la vigne, encore faut-il qu'elle attende le bon moment. Elle doit apprendre à régler son pas sur le sien et savoir que ceux qui croient vraiment en sa toute sagesse se gardent de la précipitation. Ils attendent patiemment son ordre de marche.

 L'aveu de la faute

 La Sulamithe avoue franchement ce qu'elle a fait, et la prompte découverte de sa faute. Sans nul doute, elle s'est laissée distraire (pour ne pas dire plus) par certaines voix « étrangères », mais maintenant elle ne désire plus qu'entendre la voix douce et subtile, celle de son bien-aimé.

Quelle étrange situation ! Saisie d'un souci bien légitime, celui de la croissance, elle se trouve maintenant « prisonnière » dans un exil doré, au sein du palais de Salomon.

Mettons-nous en garde contre des soucis, des préoccupations, des désirs légitimes, mais qui peuvent générer des initiatives au sein desquelles Dieu n'est pas.

Pourquoi la communion avec votre bien-aimé Jésus est-elle interrompue ?

Vous êtes-vous préoccupé de la croissance de la vigne sans lui ?

 Etes-vous allé sans son ordre ?

Etes-vous parti sans qu'il vous ait envoyé ?

 Avez-vous obéi à votre tempérament vif, actif ?

L'activité a-t-elle laissé place à l'activisme ?

 Avez-vous agi sans être ni mandaté, ni équipé par votre Seigneur ?

 Avez-vous été emporté par une énergie naturelle, à défaut d'être spirituelle ?

 Vous seul pouvez répondre à ces questions et à bien d'autres.

 « Seulement un regard », pensait la Sulamithe. « Voir seulement où en est la croissance ». Et la voici prise dans un tourbillon qu'elle compare au mouvement rapide des chars: « mon désir m'a rendue semblable aux chars de mon noble peuple » (6.12).

 Elle n'est plus dans le sentier tracé par son bien-aimé. Vous non plus.

Elle a perdu la paix intérieure. Vous aussi.

 Mais qui sont ces personnes de haut rang, cause immédiate de son égarement ?

Quelles sont celles qui ont engendré votre situation présente ? Peut-être des âmes sœurs de votre âme, auxquelles vous vous êtes attaché par les liens spirituels les plus puissants; peut-être vos enfants spirituels devenus des chefs: « Tes enfants prendront la place de tes pères; tu les établiras princes dans tout le pays » (Psaume 45.17); peut-être encore des « Jacob », devenus des « Israël », princes spirituels puissants avec Dieu.

 Âmes bien-aimées, qui voulez marcher de façon ininterrompue dans la volonté de Dieu, vous devez apprendre à être aveugles et sourdes à tout ce qui n'est pas de lui. Alors vous pourrez demeurer dans le Saint des Saints.

 PASTEUR Paul Ballière