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PARENTS D'ENFANTS ADULTES

L'écrivain Mitch Albom, dans son livre Tuesdays With Morrie (Les Jeudis Avec Morrie), décrit sa génération – ceux qui sont nés entre 1965 et 1983, aussi connus sous le terme de 'Génération X' – en disant ceci : “Nous luttons avec la pensée de savoir si nous devons nous engager dans le mariage ou pas. Sommes-nous plus prudents ou plus égoïstes que les générations précédentes ? Nous avons également un dilemme avec les enfants, et nous nous demandons : ces derniers vont-ils nous enlever notre liberté ?”

Morrie, son mentor, répond que cette génération ne sait pas ce qu'elle recherche vraiment dans un partenaire et aussi qu'elle se cherche elle-même.

Intéressant !

Je crois que beaucoup parmi nous sommes désemparés en regardant nos enfants adultes se conduire comme nous n'aurions jamais osé le faire. Nous avons sans doute connu des disputes et des conflits à propos de la morale, de cette idée que tout est permis, sur leurs choix de style de vie, sur leurs positions différentes vis à vis la religion... Ils ont interprété cela comme une désapprobation de notre part et, parfois, cela nous a peut-être amenés à mépriser notre enfant.

Qu'est ce qui s'est passé ?

Chaque génération a eu son lot de soucis vis à vis de ses enfants ( je crois que la génération de ma mère était effrayée par les déhanchements d'Elvis Presley; certainement suscités par le diable en personne !). Même si la vie dans les années 50 n'était pas toujours merveilleuse, tout le monde s'accorde à dire que c'était plus simple, prévisible et stable. 

Par la suite, il y eut des bouleversements sociaux, la révolution sexuelle avec l'arrivée de la pilule, et encore des guerres. Les gens sont devenus plus mobiles ; les mutations professionnelles sont devenues plus fréquentes (la plupart d'entre nous n'avait connu qu'un ou deux employeurs) ; davantage de nos enfants ont fait des études supérieures et sont nécessairement partis loin de la maison ; des technologies plus pointues sont apparues, qui remplacent l'homme, avec pour conséquence une réduction du nombre d'emplois dans certains secteurs d'activité traditionnels ou des emplois de moins en moins bien rémunérés.

 Il y a pas mal d'enfants adultes qui vivent toujours sous le même toit que leurs parents. Ces turbulences ont changé le profil de la famille et ont sans doute influencé à leur tour leur façon d'éduquer leurs enfants.

Beaucoup de jeunes adultes d'aujourd'hui ont grandi dans une famille éclatée et sont souvent rentrés dans une maison vide après l'école. Le remariage de leurs parents n'était vraiment pas facile pour eux. Pour d'autres, leurs parents ont sacrifié certains domaines importants de la vie sur l'autel du travail. 

Les résultats sont que ces jeunes adultes ont une maturation plus lente que les générations précédentes. Ils commencent vraiment à assumer leur vie autour de la trentaine. Beaucoup estiment que leurs parents étaient des bourreaux de travail ; eux, ils préfèrent jouir de tout, voyager, avoir des loisirs, des relations gratifiantes et être libre d'explorer. Ils sont également assez contestataires. 

Oui, nous sommes désemparés ! Mais sachons bien qu'aucun parent n'a parfaitement réussi l'éducation de son enfant (personnellement, cela me soulage !). Et il y a quand même des solutions et des réponses. Sachons bien aussi que c'est à nous, les parents, de prendre l'initiative d'améliorer nos relations avec nos enfants adultes, s'il y en a le besoin ; c'est à nous de réfléchir sur la manière dont nous devons nous conduire avec eux. Nous ne pouvons pas changer les autres, mais nous pouvons bien changer notre façon de réagir, notre façon de voir les choses... et nous avons un très grand Dieu, qui peut nous y aider !

Il y a de multiples raisons pour lesquelles les enfants adultes ne quittent pas le foyer, ou pourquoi ils y reviennent. Par exemple :

Une pauvre image de soi et un manque d'assurance intérieure

Un esprit rebelle

Une société qui les rend pessimistes et anxieux

Un échec dans les études

Les drogues ou d'autres dépendances

La dépression et d'autres problèmes émotionnels

Notre propre culpabilité, qui nous incite à les laisser nous manipuler

Le divorce ou la mort d'un proche

La surprotection


Comment gérer cette situation de cohabitation qui n'était pas forcément prévue ? Au contraire, la plupart d'entre nous espérait disposer d'un peu plus de temps et de liberté pour lui-même. Quelles attitudes adopter, quels rôles tenir afin que la situation soit une bénédiction et qu'elle ne devienne pas une source de tensions et d'irritations ?

Vous trouverez ci-dessous quelques idées qui s'appliquent dans les cas de cohabitation, suivies d'autres suggestions pour des cas plus spécifiques.

NE NEGLIGEZ-PAS votre couple !!!! Ne laissez pas les problèmes de vos enfants prendre la place de vos projets et de vos propres besoins.

Un conseil de famille est indispensable pour établir les règles auxquelles chacun doit s'engager. Si vous n'avez jamais fait de réunions de famille, cherchez une tierce partie pour vous aider à les mettre en place. Les sujets à discuter sont nombreux : les invités, les petit(e)s ami(e)s, les contributions monétaires, les tâches ménagères, fumer, le bruit, l'usage de la cuisine, les limites vis à vis des heures où l'on rentre, signaler les absences ou les présences pour les repas etc...

Les limites tolérées doivent être claires

Précisez les attentes de chaque coté et essayez vraiment d'écouter attentivement (ce n'est pas toujours évident !)

Maintenez le dialogue et ne succombez pas à l'envie de critiquer

Résistez au désir d'intervenir immédiatement quand votre enfant traverse une crise. Le jeune adulte doit résoudre ses propres problèmes. Cependant, soyez diligents dans la gestion de vos propres ressources matérielles afin d'intervenir utilement en cas de réels besoins.

Tenez absolument à vos valeurs morales, au moins quand ils sont à la maison. Cela constituera toujours un témoignage. Vous ne forcez pas vos enfants à adopter vos valeurs mais la moindre des choses c'est qu'ils respectent les vôtres.

Veillez sur votre propre santé spirituelle, physique et mentale. Les règles joueront une grande place dans votre paix, et un bon régime alimentaire également, y compris la nourriture spirituelle. L'équilibre entre préservation de soi et sacrifice de soi est important.

Aidez votre enfant adulte à se fixer des objectifs. Il doit savoir qu'à un moment donné il sera obligé d'assumer sa vie d'adulte. Par exemple : “Nous te soutiendrons dans tes études tant que tu seras sérieux... Quand tu auras terminé tes études, nous te soutiendrons encore, mais de façon dégressive, pendant x mois, le temps que tu trouves du travail, un logement...”

Restez fermes, refusez les disputes, et gérez bien votre colère : vos enfants ne sont pas responsables de votre colère.

Faites attention au danger qui consiste à donner ou prêter d'importantes sommes d'argent aux enfants adultes : cela les déresponsabilise. Faites plutôt en sorte que cela soit en compensation de tâches particulières, de travaux ou de projets qu'ils accomplissent.

Sans pour autant approuver un comportement contraire à vos valeurs, apprenez à leur témoigner quand même de l'amour

N'employez pas votre peine et votre souffrance pour manipuler votre enfant

Entourez-vous de gens susceptibles de vous épauler et évitez systématiquement les gens et les situations qui risquent de vous culpabiliser, vous décourager, vous amoindrir et vous déprimer.

Cherchez l'aide de personnes bien informées ou de spécialistes dans des situations qui vous dépassent : un enfant dans la déprime, dans une secte, l'homosexualité etc... C'est un signe d'intelligence et pas de honte.


Voyons maintenant quelques situations plus spécifiques

Quand notre enfant se marie, la relation change. Nous sommes appelés à accueillir son conjoint, et j'ajouterais, peut-être ses enfants. Nous devenons à la fois les beaux et grands parents !!! Rappelons tout d'abord une chose très importante : nous ne sommes pas et nous ne devons pas être leurs conseillers conjugaux ('C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme...').

 

 Nous ne devons pas prendre parti durant leurs difficultés conjugales; il est rare que les difficultés du couple incombent entièrement à l'un des époux seulement. Nous ne devons pas donner notre avis sans y être sollicités et encore, il faut absolument rester neutre. Nous pouvons suggérer, par exemple, des noms de personnes habilitées à les aider émotionnellement, financièrement ou professionnellement. Notre rôle, c'est vraiment de les encourager et de les orienter vers de bons conseillers.

Et s'ils divorcent, il faut que nous apprenions à gérer nos émotions. Non, nous ne pouvons pas résoudre leurs problèmes ; mais, par contre, s'il y a des petits-enfants, nous pouvons devenir un vrai refuge pour ces derniers. Et si notre enfant se remarie, nous aurons encore besoin de patience et de respect pour son choix, en comptant en premier sur la grâce de Dieu !

En tant que grands-parents, nous sommes moins sédentaires que nos parents, peut-être plus occupés, parfois même stressés : nous avons des projets, des activités, des voyages en tête, et pas une retraite tranquille. Dans le passé, les grands-parents servaient de noyau central à la famille mais aujourd'hui tout est changé par les distances qui nous séparent. “Les enfants des enfants sont la couronne des vieillards” et si nous avons la joie et la bénédiction de les accueillir chez nous, rappelons-nous que ce ne sont pas NOS enfants, mais nos petits enfants !

 

Nous ne devons pas court-circuiter l'autorité de leurs parents. Les jeunes adultes n'exercent plus la discipline comme nous le faisions nous ; nous pouvons désapprouver leurs méthodes et même discuter avec eux sur notre façon de voir la discipline mais, en fin de compte, nous devons respecter le rôle parental de nos enfants adultes. Bien entendu, je ne discute pas ici des cas extrêmes qui peuvent engager notre responsabilité et nécessiter notre intervention.

Si notre relation a été brisée avec notre enfant adulte il y a des façons de régler ces problèmes du passé. La première étape consiste à panser nos propres blessures, de notre enfance. Certes, la période dans laquelle nous vivons nous a influencée dans l'éducation de nos enfants, mais notre passé aussi a joué un rôle. La colère et la souffrance sont souvent liées aux manquements de nos propres parents.

 

Et, parfois, cela explique des erreurs commises dans l'éducation de nos propres enfants ; qui ont entraîné, par la suite, un sentiment de culpabilité. La culpabilité n'est pas de Dieu... Ses projets pour nous sont des projets de paix ! Quand nous nous présentons à Lui sincèrement pour Lui demander où nous avons échoué, si nous désirons de tout cœur restaurer nos relations, ce n'est pas Lui qui va nous taper sur la tête ! Nous nous sommes déjà fait suffisamment de mal ! Il faut que nous n'oublions jamais qu'aucun parent n'a réalisé l'éducation parfaite de son enfant. Aucun...

Dans la mesure du possible, il est important de régler nos problèmes du passé avec nos propres parents, en leur rendant visite chez eux, ou en leur écrivant une lettre, et en nous efforçant de comprendre leur propre enfance. Les durs de durs ont souvent eu une vie extrêmement difficile en tant qu'enfants, qui a entraîné des conséquences sur leur propre comportement comme parent. C'est pourquoi le pardon est indispensable ! Cela nous aidera pour la suite.

Pour nous réconcilier avec nos enfants, c'est un peu la même idée, sauf que c'est nous qui prenons l'initiative. Si cela est trop difficile, ou s'il est impossible de leur rendre visite, une lettre s'impose. Une lettre qui exprime notre amour et notre estime, qui explique les difficultés qui nous ont empêchés d'être ce que nous aurions aimé être.

 

 Nous pouvons admettre les erreurs dont nous avons connaissance... et leur demander pardon. Et nous devons accepter leurs doléances. Peu d'enfants repoussent un parent qui s'approche d'eux avec des remords, avec amour et pour confesser ses fautes à leur égard.

Si nous avons eu la très grande bénédiction d'avoir de bonnes relations avec nos enfants adultes, nous ne devons pas gâcher ça en leur demandant, “Quand est ce que tu va nous faire des petits-enfants ?” Cela ne nous regarde pas !

Pour conclure, j'aimerais nous encourager et vous encourager. Nous avons vécu une période différente de celle de nos enfants. Rappelons-nous que nos propres parents ont souvent aussi été étonnés de nos comportements lorsque nous étions de jeunes adultes et que nous-mêmes nous les avons parfois trouvé bizarres, ringards... Donc soyons compréhensifs !

Et n'oublions pas que Dieu nous a fait grâce ; qu'en acceptant son Fils, il nous a aussi transformés (métamorphosés).

Alors prions sans cesse et faisons confiance à Dieu
pour qu'il aide nos enfants adultes à vivre
une vie remplie de sagesse, à son écoute.

SHARMION