Dieu et Jesus Christ
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  LE NOM

 Pasteur André BOULAGNON

 Loin d'être une désignation conventionnelle, le nom exprime pour les anciens le rôle d'un être dans l'univers. Dieu parachève la création en nommant les créatures, pour, nuit, ciel, terre, mer (Gen.1/3-10), en désignant chacun des astres par son nom (Esaïe. 40/26), ou en chargeant Adam de donner un nom à chacun des animaux (Genèse. 2/20).

 A leur tour, les hommes donneront volontiers un nom significatif aux lieux auxquels se rattache un événement important, fût-ce au prix d'une étymologie étrange, comme Babel (Genèse. 11/9).

 LES NOMS DES HOMMES.

 Le nom donné à la naissance exprime ordinairement l'activité ou la destinée de celui qui le porte : Jacob est le supplanteur (Genèse. 27/36), Nabal est bien nommé, car c'est un fou (1 Samuel. 25/25).

 Le nom peut aussi évoquer les circonstances de la naissance ou l'avenir entrevu par les parents : Rachel mourante appelle son enfant « fils de ma douleur », mais Jacob le nomme « BENJAMIN » = « fils de ma droite » (Genèse. 35/18).

 Parfois, c'est une sorte d'oracle qui souhaite pour l'enfant l'appui du Dieu d'Israël : ESAÏE « que Dieu sauve ! ».

 Toujours le nom dit le potentiel social d'un homme, au point que « NOM » peut signifier aussi « RENOM » (Nombres. 16/2), et qu'être sans nom c'est être homme de rien (Job. 30/8).

En revanche, en avoir plusieurs, cela peut signifier l'importance d'un homme qui a plusieurs rôles à jouer ou à remplir, tel Salomon nommé aussi « aimé de Dieu » (2 Samuel. 12/25).

 

Si le nom est la personne même, agir sur le nom, c'est avoir prise sur l'être. Aussi un recensement peut-il paraître signifier un asservissement des personnes (cf. 2 Samuel. 24).

Changer le nom de quelqu'un, c'est lui imposer une nouvelle personnalité, signifier qu'il devient désormais un vassal (2 Rois. 23/34 – 24/17).

 

Pour marquer qu'il prend possession de leur vie, Dieu change ainsi le nom d'Abraham (Genèse. 17/5), de Sara (Genèse. 17/15) ou de Jacob (Genèse. 32/29).

 

De même, les nouveaux noms donnés par Dieu à Jérusalem pardonnée, « ville justice – cité fidèle » (Esaïe. 1/26), « ville Yahweh » (Esaïe. 60/14), « désirée » (Esaïe. 62/12), « mon plaisir » (Esaïe. 62/4) expriment la nouvelle vie d'une cité où les cœurs sont régénérés par la Nouvelle Alliance.

 LES NOMS DE DIEU.

 Dans tous les peuples, le nom de la divinité importait donc fort ; et si les Babyloniens allaient jusqu'à donner cinquante noms à MARDOUK, leur dieu suprême, pour consacrer sa victoire lors de la création, les Cananéens maintenaient caché le nom de leurs divinités sous le terme générique de BAAL, « maître » (de tel ou tel lieu)

 Chez les Israélites, c'est Dieu lui-même qui daigna se nommer.

 Auparavant, le Dieu de Moïse n'était connu que comme le Dieu des ancêtres, le Dieu d'Abraham d'Issac et de Jacob. Interrogé, l'ange qui lutta avec Jacob  refuse de dire son nom (Genèse. 32/30) ; au père de Samson n'est livré qu'une épithète de ce nom :

 « MERVEILLEUX » (Juges. 13/18).

 C'est aussi par des adjectifs comme « SHADDAÏ »= « le tout puissant » ou, partant de l'akkadien : « le montagnard », que le Dieu d'Israël fut désigné aux temps patriarcaux.

Mais un jour, à HOREB, Dieu révéla lui-même son nom à Moïse.

 La formule employée est comprise parfois comme un refus analogue à celui que l'ange fit à Jacob pour ne pas se livrer à lui : « Je suis qui je suis » « Je suis ce que je suis » « Je suis celui qui suis » (Exode.3/13-16 ; 6/3). Mais le texte sacré a voulu donner à cette formule un sens positif. En effet, d'après le contexte, ce nom doit accréditer près du peuple la mission de Moïse ; « Je suis m'envoie vers vous » dira Moïse, et le )peuple viendra adorer « il est » sur la montagne sainte.

De toute manière, ce nom signifie que Dieu est présent parmi son peuple : il est YAHWEH.

 INVOQUER LE NOM DE DIEU.

 Si Dieu a révélé son nom, c'est pour qu'on l'adore sous ce vrai nom, le seul authentique (Exo. 3/15).

 Ce sera donc le cri de ralliement des tribus pendant et après la conquête (Juges. 7/20).

C'est le nom du seul vrai Dieu, diront plus tard les prophètes : « Avant moi, il n'a point été formé de Dieu, et après moi il n'y en aura point. C'est moi, moi qui suis l'Eternel et hors de moi, il n'y a point de sauveur » (Esaïe. 43/10).

 C'est donc le seul nom qui sera autorisé sur les lèvres d'Israël (Exode. 23/13), le seul invoqué à Jérusalem quand David aura fait de la ville la capitale religieuse, car « l'Eternel porte le nom de jaloux, il est un Dieu jaloux » (Exode. 34/14).

 Invoquer le nom de l'Eternel c'est proprement rendre un culte à Dieu, le prier ; on crie son nom (Esaïe. 12/6), on l'appelle (Psaume. 28/1) cf. (Esaïe. 41/25), on en appelle à lui (Psaume. 99/6).

 Mais si Dieu a ainsi confié son nom à Israël, celui-ci ne doit pas prononcer en vain le nom de Yahweh (Exode. 20/7 ; Deutéronome. 5/11) : en effet il n'est pas à sa disposition, en sorte qu'il en abuse et finisse par tenter Dieu : ce ne serait plus servir Dieu, mais se servir de lui à ses propres fins.

 LE NOM, C 'EST DIEU LUI MÊME.

 Dieu s'identifie tellement à son nom qu'en parlant il se désigne lui-même.

C'est ce nom qui est aimé (Psaume. 5/12), loué (Psaume. 7/18), sanctifié (Esaïe. 29/23). Nom redoutable (Deutéronome. 28/58), éternel (Psaume. 135/13). C'est « pour son grand nom » (Jos.7/9) à cause de son nom (Ezéchiel. 20/9), qu'il agit en faveur d'Israël ; cela veut dire : pour sa gloire, pour être reconnu grand et saint.

 Afin de mieux marquer la transcendance du Dieu inaccessible et mystérieux, le NOM suffit à désigner Dieu. Ainsi, comme pour éviter une localisation indigne de Dieu, le temple est le lieu où Dieu a « fait demeurer son nom » (Deutéronome. 12/5), c'est là qu'on vient en sa présence (Exode. 34/23), en ce temple qui porte son nom (Jérémie. 7/10-14).

 C'est le nom qui, de loin, vient passer les nations au crible de la destruction (Esaïe. 30/27s). Enfin,en (Lévitique. 24/11-16), le « NOM » désigne Yahweh sans plus de précision, comme fera plus tard le langage rabbinique.

 Par un respect toujours plus accentué, le judaïsme tendra en effet à ne plus prononcer le nom révélé à Horeb. Dans la lecture, il sera remplacé par Elohim ou plus souvent par ADONAÏ (mon Seigneur)

 Aussi les juifs qui traduiront les livres saints d'hébreu en grec ne transcriront jamais le nom de Yahweh mais le rendront par KYRIOS, Seigneur.

 Dans le Nouveau Testament ce nom de Seigneur allait recevoir sa consécration.

 NOUVEAU TESTAMENT.

 1) LE NOM DU PERE.

 A la révélation que Dieu a faite de son nom dans l'Ancien Testament correspond, dans le Nouveau Testament, la révélation pour laquelle Jésus a fait connaître à ses disciples le nom de son Père (Jean.17/6,26).

 Par la manière dont il se manifeste lui-même comme le Fils, il révèle que le nom qui exprime le plus profondément l'être de Dieu est celui de Père, dont le Fils est Jésus (Matthieu. 11/15s), dont aussi la paternité s'étend sur tous ceux qui croient en son Fils (Jean. 20/17).

 Jésus demande au Père de glorifier son nom (Jean. 12/28) et invite ses disciples à lui demander de le sanctifier (Matthieu. 6/9) : ce que Dieu fera en manifestant sa gloire et sa puissance (Romains.9/17 cf.Luc. 1/49), et en glorifiant son Fils (Jean. 17/1-5, 23s).

 Les chrétiens ont le devoir de louer le nom de Dieu (Hébreux. 13/15) et de prendre garde que leur conduite ne le fasse pas blasphémer (Romains. 2/24 ; 2 Timothée. 6/1).

 2) LE NOM DE JESUS.

 En faisant appel au nom de Jésus, les disciples guérissaient les malades (Actes. 3/6 , 9/34), expulsaient les démons (Marc.9/38,16/17 ; Luc.10/17 ; Actes. 16/18, 19/13), accomplissaient toutes sortes de miracles (Matthieu. 7/22 ; Actes. 4/30).

 Jésus apparaît ainsi tel que son nom l'indique : celui qui sauve (Matthieu. 1/21-25), rendant la santé aux infirmes (Actes. 3/16) mais aussi et surtout procurant le salut éternel à ceux qui croient en lui

(Actes.4/7-12, 5/31, 13/23).

 3) LE NOM DU SEIGNEUR.

En ressuscitant Jésus et en le faisant asseoir à sa droite, Dieu lui a donné le nom au-dessus de tout nom (Philippiens. 2/9 ; Ephésiens.1/20s) un nom nouveau (Apocalypse. 3/12) qui n'est pas distinct de celui de Dieu (Apocalypse. 14/1, 22/3s) et participe à son mystère (Apocalypse. 19/12).

 Ce nom ineffable trouve néanmoins sa traduction dans l'appellation de « SEIGNEUR », qui convient à Jésus ressuscité au même titre qu'à Dieu (Philippiens. 2/10 ; Esaïe. 45/23 ; Apocalypse.19/13-16 ; Deutéronome. 10/17), et dans la désignation de Fils, qu'il ne partage avec aucune créature (Hébreux. 1/3ss, 5/5 cf. Actes.13/33 ; Romains .1/4).

 Les premiers chrétiens n'hésitent pas à reporter sur Jésus une des appellations les plus caractéristiques du judaïsme pour parler de Dieu : les apôtres sont dits tout joyeux d'avoir été « jugés dignes de souffrir et de subir des outrages pour le nom de Jésus » (Actes. 5/41).

L'apôtre Jean (3 Jean. 7) cite des missionnaires qui « sont partis pour le nom de Jésus-Christ. »

 LA FOI CHRETIENNE consiste à « croire que Dieu a ressuscité Jésus d'entre les morts, confesser que Jésus est Seigneur, invoquer le nom du Seigneur » : ces trois expressions sont pratiquement équivalentes (Romains. 10/9-13).

 Les premiers chrétiens se désignent volontiers comme « ceux qui invoquent le nom du Seigneur »

 (Actes. 9/14-21 ; 1 Corinthiens.1/2 ; 2 Timothée. 2/22) signifiant ainsi qu'ils reconnaissent Jésus pour Seigneur (Actes.2/36).

 La profession de foi s'impose particulièrement au moment du baptême par immersion qui est conféré au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Actes.8/16, 19/5 ; 1 Corinthiens.1/2 ; 2 Timothée. 2/22 ; Matthieu. 28/19).

 Le néophyte invoque le nom du Seigneur (Actes. 22/16), le nom du Seigneur est invoqué sur lui (Jacques. 2/7) ; il se trouve ainsi sous le pouvoir de celui dont il reconnaît la seigneurie.

Chez Jean, l'objet propre de la foi chrétienne est moins le nom du Seigneur que celui de FILS : pour avoir la vie, il importe de croire au nom du Fils unique de Dieu (Jean. 3/17s cf. 1/12, 2/23, 20/30s ;

 

1 Jean.3/23, 5/5, 5/10-13) c'est-à-dire d'adhérer à la personne de Jésus en reconnaissant qu'il est le Fils de Dieu.

 LA PREDICATION APOSTOLIQUE.

 Elle a pour objet de publier le nom de Jésus-Christ (Luc. 24/46s ; Actes. 4/17s, 5/28-40, 8/12,10/43)

 Les prédicateurs auront à souffrir pour ce nom (Marc. 13/13) et ce doit être pour eux une cause de joie (Matthieu. 5/11 ; Jean. 15/21 ; 1 Pierre. 4/13-16).

 L'Apocalypse est adressée à des chrétiens qui souffrent pour ce nom (Apocalypse. 2/3), mais s'y attachent fermement (Apocalypse. 2/13) et ne le renient pas (Apocalypse. 3/8). Le ministère du nom de Jésus incombe spécialement à Paul:il l'a reçu comme une charge (Actes. 9/15) et une cause de souffrance (Actes. 9/16) ; il remplit pourtant sa mission avec hardiesse et fierté (Actes. 9/20, 22, 27s) car il a voué sa vie au nom de notre Seigneur Jésus-Christ (Actes. 15/26) et est prêt à mourir pour lui (Actes. 21/13).

 c) LA VIE CHRETIENNE.

 Elle est tout imprégnée par la foi ; on se réunit au nom de Jésus (Matthieu. 18/20), on accueille ceux qui se présentent en son nom (Marc. 9/37), prenant toutefois garde aux imposteurs (Matthieu. 13/6)

 on rend grâces à Dieu au nom de notre Seigneur Jésus-Christ (Ephésiens.5/20 ; Colossiens. 3/17) se conduisant de telle sorte que le nom de notre Seigneur Jésus-Christ soit glorifié (2 The. 1/10 – 11).

 Dans la prière, on s'adresse au Père au nom de son Fils (Jean.14/13-16, 15/16, 16/ 23s 26s).

 d) AUTRES NOMS.

 Chaque être porte le nom qui convient au rôle qui lui est assigné. Quand sa mission est divine, son nom vient du ciel, tel, celui de JEAN (Luc. 1/13-63).

 Même donné par les hommes, le nom est signe d'une conduite de Dieu : Zacharie (Luc. 1/ 5-72) « Dieu s'est souvenu », Elizabeth (Luc. 1/5-73) « le serment qu'il avait juré », Marie (Luc. 1/27-46,

 52) « magnifié, exalté ».

 En donnant à Simon le nom de Pierre, Jésus montre le rôle qu'il lui destine et la personnalité nouvelle qu'il crée en lui (Matthieu. 16/18).

 Le « Bon Pasteur » connaît chacune de ses brebis par son nom ( Jean. 10/3). Les noms des élus sont inscrits dans le ciel (Luc. 10/20), sur le livre de vie (Philippiens. 4/5 ; Apocalypse. 3/5, 13/8,17/8).

 En rentrant dans la gloire, ils recevront un nom nouveau et ineffable (Apocalypse. 2/17) ; participant à l'existence de Dieu, ils porteront le nom du Père et celui de son Fils (Apocalypse. 3/12, 14/1) ; Dieu les appellera ses fils (Matthieu. 5/9) car ils le sont réellement (1 Jean. 3/1).