Dieu et Jesus Christ
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 CONNAITRE DIEU

 Pasteur André BOULAGNON

  Cet appel premier lancé au cœur de l’homme, la Bible ne le déploie pas dans un contexte de science, mais dans un contexte de vie.

 Pour un sémite, en effet, connaître déborde le savoir abstrait et exprime une relation existentielle.

Connaître quelque chose, c’est en avoir l’expérience concrète; on connaît ainsi la souffrance (Esaïe. 53/3), le péché, la guerre (Juges. 3/1) et la paix (Esaïe. 59/8), le bien et le mal (Genèse. 2/9, 17).

 Connaître quelqu’un, c’est entrer en relations personnelles avec lui; ces relations pouvant prendre bien des formes et comportant bien des degrés; connaître est susceptible de toute une gamme de sens; le mot sert à exprimer la solidarité familiale (Deutéronome. 33/9), et aussi les relations conjugales (Genèse. 4/1) (Luc. 1/34); on connaît Dieu lorsqu’on est sous le coup de son jugement (Ezéchiel. 12/15), on le connaît tout autrement lorsqu’on entre dans  son alliance (Jérémie. 31/34) et qu’on est peu à peu introduit dans son intimité.

 ANCIEN TESTAMENT.

 1: INITIATIVE DIVINE.

Dans la connaissance spirituelle, tout commence par l’initiative de Dieu. Avant de connaître Dieu, on est déjà connu de lui. Mystère d’élection et de sollicitude: Dieu connaît Abraham (Genèse. 18/19), il connaît son peuple: (Amos. 3/2)

 « Je vous ai choisis, vous seuls parmi toutes les familles de la terre. »

 Avant même leur naissance, il connaît ses prophètes (Jérémie. 1/5) et tous ceux qu’il veut donner à son Fils (Romains. 8/29) (1 Corinthiens. 13/12).

 A ceux qu’il a ainsi distingués et qu’il connaît par leur nom (Exode. 33/17) cf (Jean. 10/3), Dieu se fait lui-même connaître: il leur révèle son nom (Exode. 3/14), les pénètre de sa crainte (Exode.

20/18ss), mais surtout leur témoigne sa tendresse en les délivrant de leurs ennemis, en leur donnant une terre (Deutéronome. 4/32, 11/2), en leur faisant connaître ses commandements, chemin du bonheur (Deutéronome. 30/16) (Psaume. 147/19s).

 2: MECONNAISSANCE HUMAINE.

 En réponse, le peuple devrait connaître Dieu, être à lui dans l’amour vrai (Osée. 4/1, 6/6).

Mais dés le début, il s’en montre incapable (Exode. 32/8) (Psaume. 95/10) « C’est un peuple dont le cœur s’est égaré, ils ne connaissent pas mes voies. »

 Méconnaissant Dieu, sans cesse il le met à l’épreuve (Nombres. 14/22, Psaume. 78).

 Moins raisonnable qu’une bête de somme, (Esaïe. 1/3); « Israël ne connaît rien » (Jérémie. 8/7) ; il se révolte, transgresse l’alliance (Osée. 8/1), se prostitue « à des dieux qu’il ne connaît pas » (Deutéronome. 32/17).

Même quand il s’imagine connaître l’Eternel (Osée. 8/2) il se fait illusion, car il en reste à une alliance tout extérieure, formaliste (Esaïe. 29/13s) (Jérémie. 7), or l’authentique connaissance de Dieu doit pénétrer jusqu’au coeur et se traduire dans la vie de tous les jours. 5Osée. 6/6) (Esaïe. 1/17) (Jérémie 22/16) cf. (Matthieu. 7/22s).

 Les prophètes le répètent à satiété, mais (Jérémie. 7/28) « la nation n’écoute pas la voix de son Dieu et ne se laisse pas instruire. »

 Dieu se fera connaître alors d’une façon terrible: par les affres de la ruine et de l’exil.

 L’annonce de ces châtiments est scandée par Ezéchiel d’un refrain menaçant: « et vous saurez que je suis l’Eternel ». Affronté à lui-même et à son Dieu dans la crudité de l’événement, le peuple ne peut plus se maintenir dans l’illusion: il doit reconnaître la sainteté de Dieu et son propre péché.

 3: CONNAISSANCE ET COEUR NOUVEAU.

 L’espérance demeure d’un renouveau merveilleux, où le pays sera rempli de la connaissance de Dieu comme les eaux comblent la mer (Esaïe. 11/9).

 Mais comment cela peut-il se faire? Israël ne prétend plus y arriver par lui-même, car il a conscience d’avoir « un cœur mauvais » (Jérémie. 7/24), « un cœur incirconcis » (Lévitique. 26/41), et pour connaître vraiment Dieu, il faut un cœur nouveau.

 Le DEUTERONOME insiste sur cette nécessité d’une transformation intérieure qui ne peut venir que de Dieu (Deutéronome. 29/3,4) « Mais, jusqu’à ce jour, l’Eternel ne vous a pas donné un coeur pour comprendre… » mais après l’exil

 « l’Eternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Eternel ton Dieu… » (Deutéronome. 30/6).

 La même promesse est adressée aux exilés par (Jérémie. 24/7). C’est elle qui constitue l’essentiel de l’annonce d’une nouvelle alliance (Jérémie. 31/31-34): une purification radicale rendra possible la docilité profonde.

 Ezéchiel complète la perspective en marquant le rôle de l’Esprit de Dieu dans cette rénovation intérieure (Ezéchiel. 36/26) « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair ». Ce sera la résurrection du peuple de Dieu (Ezéchiel..37/14). Par là, Dieu se fera connaître non seulement à Israël (Ezéchiel. 37/13) mais aussi aux nations païennes (Ezéchiel. 36/23).

 Aux Israélites Dieu dit: (Esaïe. 43/10) « Vous êtes mes témoins, vous que j’ai choisis »; (Esaïe. 49/6) « Je t’établis pour être la lumière des nations ».

 4: LA SAGESSE D’EN HAUT.

 Les sages d’Israël recherchaient et rassemblaient les règles qui assurent la bonne conduite de la vie et une conviction s’enracinait en eux: Dieu seul en connaît le secret (Job. 28). Ainsi donc, toute sagesse vient du Seigneur. Certes, dans sa bonté, Dieu en a donné déjà la source à Israël; c’est la loi promulguée par Moïse. Cependant ce don reste extérieur et c’est pourquoi il faut encore supplier Dieu de le parfaire en mettant au dedans de l’homme son Esprit de sagesse. Quel homme peut connaître le dessein de Dieu?

 NOUVEAU TESTAMENT.

 C’est en Jésus-Christ qu’est donnée la parfaite connaissance de Dieu, promise pour le temps de la nouvelle alliance.

 1: LES SYNOPTIQUES.

 Jésus était le seul capable de révéler le Père (Luc. 10/22) et d’expliquer le mystère du royaume de Dieu (Matthieu. 13/11). Il enseignait avec autorité (Matthieu. 7/19). Refusant de satisfaire les vaines curiosités (Actes. 1/7), son enseignement n’était pas théorique mais se présentait comme « une bonne nouvelle » et un appel à la conversion (Marc. 1/48s). Dieu se fait proche, il faut discerner les signes des temps (Luc. 12/56, 19/42), et être disposé à l’accueillir

(Matthieu. 25/10s).

 Aux paroles, Jésus joignait les miracles, signes de sa mission (Matthieu. 9/6).

Mais tout cela n’était qu’une préparation. Non seulement ses ennemis (Marc. 3/5), mais ses disciples eux-mêmes avaient l’esprit bouché (Marc. 6/52) (Matthieu. 16/23) (Luc. 18/34).

 C’est seulement lorsqu’aura été répandu le sang de la nouvelle alliance (Luc. 22/20), que la pleine lumière pourra se faire (Luc. 24/45) « Alors il leur ouvrit l’esprit afin qu’ils comprennent les Ecritures. », alors il répandit l’Esprit-Saint (Actes. 2/33). Ainsi furent instaurés les « derniers temps », temps de la vraie connaissance de Dieu.

 2: L’APOTRE JEAN.

 Pus nettement encore que les Synoptiques, Jean marque les étapes de cette révélation.

Il faut d’abord se laisser instruire par le Père; ceux qui lui sont dociles sont attirés vers Jésus (Jean. 6/44s). Jésus les reconnaît et ils le reconnaissent (Jean. 10/14), et il les conduit vers le Père (Jean. 14/6).

 Cependant, tout ce qu’il dit et fait reste pour eux énigmatique (Jean. 16/25) aussi longtemps qu’il n’a pas été élevé sur la croix.

 Seule, cette élévation glorifiante le met vraiment en évidence (Jean. 8/28, 12/23-32), seule, elle obtient aux disciples le don de l’Esprit (Jean. 7/39, 16/7). Celui-ci leur découvre toute la portée des paroles et des œuvres de Jésus (Jean. 14/26 cf. 2/22, 12/16) et les mène à la vérité entière (Jean. 16/13).

 Ainsi les disciples connaissent Jésus, et par Jésus le Père (Jean. 14/7, 20).

Comme Jérémie l’avait prédit, un nouveau rapport est établi avec Dieu: « Le Fils de Dieu est venu et il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable » (1 Jean.5/20, 2/14).

 La vie éternelle ne se définit pas autrement; elle consiste à « te connaître, toi le seul véritable Dieu et ton envoyé Jésus-Christ » (Jean. 17/3), connaissance directe.

 Mais cette connaissance, Jean l’appelle aussi bien « COMMUNION » (1 Jean. 1/3) car elle est participation à une même vie (Jean. 14/19s), union parfaite dans la vérité de l’amour (Jean. 17/26) cf. (1 Jean. 2/3, 3/16).

 3: L’APOTRE PAUL.

 Au monde grec, avide de spéculations philosophiques et religieuses, Paul prêche hardiment la croix de Christ (1 Corinthiens. 1/23).

 Le salut ne se trouve pas dans un savoir humain, quelqu’il soit, mais dans la foi au Christ crucifié et ressuscité « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Corinthiens. 1/24).

 L’homme doit donc renoncer à ses prétentions (1 Corinthiens. 1/29), se reconnaître incapable de pénétrer par lui-même les secrets de Dieu (1 Corinthiens. 2/14) et se soumettre à l’Evangile (Romains. 10/16) que transmet « la folie de la prédication » (1 Corinthiens. 1/21) (Romains. 10/14).

La foi en Jésus-Christ, le baptême d’eau et du Saint-Esprit lui donnent alors accès à un tout autre savoir, savoir non théorique mais vital: (Philippiens. 3/8ss) « le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances ».

L’intelligence est par là renouvelée et devient alors capable de discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait (Romains. 12/2). En fait, pour connaître les dons que Dieu nous a fait en Christ, c’est le Saint-Esprit même que nous recevons (1 Corinthiens. 2/11), cet Esprit qui se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu, cohéritiers du Christ (Romains. 8/16s).

 Devant l’insondable richesse du Christ (Ephésiens. 3/8), l’émerveillement de Paul ne fait que croître avec les années et il souhaite aux chrétiens (Colossiens. 2/2s) « un plein épanouissement de l’intelligence qui leur fera pénétrer le mystère de Dieu dans lequel se trouvent, cachés, les trésors de la sagesse et de la connaissance. »

 Il n’oublie pas pour autant qu’une certaine connaissance enfle et que c’est l’amour qui édifie (1 Corinthiens. 8/1, 13/2).

 Ce qu’il a en vue n’est pas une connaissance orgueilleuse mais la connaissance de l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance (Ephésiens. 1/19).

 Il aspire au moment où, ce qui est partiel laissant la place à ce qui est parfait, il connaîtra comme il a été connu (1 Corinthiens. 13/12 ).

 Ainsi pour Paul comme pour toute la Bible, connaître c’est entrer dans un grand courant de vie et de lumière qui a jailli du cœur de Dieu et qui ramène à lui.